Retour sur le European Street Design Challenge



Une collaboration entre festivals

Le European Street Design Challenge est avant tout une collaboration entre festivals, villes, industries créatives et designers. Il s’agit de considérer les différences culturelles non comme des barrières, mais comme des atouts majeurs à la création d’une communauté européenne du design coopérative et fortement maillée, qui s’affirme sur la scène mondiale et qui peut apporter des solutions innovantes et efficaces aux défis inhérents à notre société.

Le European Street Design Challenge est l’histoire d’une rencontre entre deux festivals qui porte le sceau de cette philosophie. La première édition du challenge a eu lieu pendant le festival PICNIC à Amsterdam, du 22 au 24 septembre, et l’édition à venir se déroulera lors de Futur en Seine, du 17 au 26 juin 2011.

Futur en Seine est le festival de la vie et de la création numérique. Cette biennale se penche, entre autres sujets, sur la question de la ville du futur. La première édition, organisée en 2009, a comporté plus de 300 évènements répartis sur une quarantaine de sites, et a touché un public francilien et international de 900 000 personnes.

Futur of Seine à lieu a Paris et en Ile-de-France, mais s’affirme aussi à l’étranger : Shanghai, Seoul, Tokyo… et Amsterdam. Pour le festival PICNIC, Futur en Seine est allé plus loin, ne se contentant pas simplement d’exposer, mais proposant un contenu programmatique, sous la forme d’un évènement collaboratif inter-festival: le tout premier European Street Design Challenge.

PICNIC est un salon d’ampleur internationale qui a l’ambition de redéfinir notre société et le monde des affaires en promouvant la créativité, les sciences, la technologie et l’innovation. En 2010, le festival a regroupé des entrepreneurs, professionnels, chercheurs et artistes autour de quatre thèmes : la Vie numérique, le Design, la Ville et les Médias.


Définir l’identité du design européen

Le European Street Design Challenge est un incubateur de solutions novatrices et viables pour nos villes, mais c’est aussi un moment de réflexion sur l’état du design numérique en Europe.

Les créateurs européens peuvent-ils concevoir des solutions numériques qui traversent les frontières culturelles de notre continent ? Sont-ils capables de concurrencer la domination américaine dans le secteur des média numériques ? Une culture européenne qui s’exprime de diverses manières tout en étant bien reconnaissable de par le monde peut-elle émerger ?

La diversité culturelle est considérée comme un atout majeur par la Commission Européenne. Est-ce qu’une entreprise parisienne qui créé des produits pour Paris peut en faire autant pour Amsterdam ? Est-ce que le design français et le design hollandais sont comparables ?

Ces trois jours de brainstorming créatif, de design et de développement de prototypes nous ont fournis des pistes intéressantes.


The European Street Design Challenge: attention, créatifs au travail!

Six équipes composées d’étudiants et de jeunes professionnels du milieu du design, dont trois équipes franciliennes (ENSCI, Strate Collège, Les Gobelins) et trois hollandaises, ont relevé le défi ardu de concevoir, en seulement trois jours, un prototype de solution pour la « rue du futur » (par exemple, du mobilier de rue interactif, des dispositifs intelligents de communication, de divertissement, des surfaces), appliqué au fameux Red Light District, un quartier à l’identité et à l’héritage culturel affirmés, mais qui renferme aussi beaucoup de tensions urbaines.

Le challenge s’est voulu festif, bien que l’immense talent et l’acharnement des équipes l’aient aussi rendu intense. L’enjeu était de taille, l’équipe gagnante recevant le tout premier European Street Design Award et l’opportunité d’exposer au Lieu du Design à Paris.

Avant que les équipes n’ouvrent leurs boites à outils, le European Street Design a été inauguré par une série d’interventions rappelant ses valeurs fondamentales et donnant de précieux conseils.

Andrew Bullen, vice président international de Futur en Seine, a d’abord parlé des défis relatifs aux industries culturelles et créatives en Europe, suivi par Geleyn Meijer, directeur d’IIP/Create, qui a traité des différences entre « design thinking » et « system thinking ». Jean-Baptiste Soufron, de chez Cap Digital, à rappelé l’importance des lieux de création partagés, tandis que Stéphane Distinguin, président de Futur en Seine, a enchainé avec la notion d’échelle dans l’innovation. Marleen Stikker, co-fondatrice de PICNIC, a expliqué comment les interventions collaboratives, à l’image du challenge, sont un vecteur d’innovation sociale, et pour finir, Janine Huizenga, co-fondatrice de Creative Cooperative, a traité des concepts clés des workshops avant de présenter les équipes.


Geleyn Meijer, Jean-Baptiste Soufron, Stéphane Distinguin et Marleen Stikker

Pendant l’après-midi ainsi que la deuxième journée, les équipes ont pu découvrir le Red Light District et entamer des réflexions sur le quartier, ses habitants et ses enjeux. Birgit Büchner, du Ons Lieve Heer op Solder Museum, a donné un aperçu historique haut en couleurs, suivie par Henny Tinga, de l’Armée du Salut. Le récit de ses quarante années passées dans le quartier en tant qu’habitante et travailleur social a laissé l’auditoire bouche bée.


Birgit Büchner et Henny Tinga

Fortes de nombreuses informations, les équipes on d’abord réalisé leurs propres cartographies culturelles et émotionnelles des deux rues principales du Red Light District, à savoir Oudezijds Voorburgwal et Ouderzijds Achterburgwal, afin de définir les valeurs fondamentales de leurs projets. Dans un deuxième temps, il s’est agi de penser à l’expérience de régénération urbaine la plus positive qui ait eu lieu, afin d’identifier différents éléments pouvant servir à l’amélioration du Red Light District, tels que le tourisme éthique, une réorganisation des transports publics ou encore des interventions publiques à petite échelle.

Pendant cette course contre la montre de trois jours, quand les équipes n’étaient pas en train de battre les pavés ou de s’imprégner informations, nos jeunes designers ont mis toutes leurs forces dans la conception et la construction de prototypes, travaillant de jour comme de nuit, exploitant au maximum les formidables possibilités offertes par le Fablab de la Waag Society.


Et le gagnant est…

La troisième et dernière journée du challenge est arrivée vite, portant dans son sillage une échéance redoutée : d’ici 14h30, toutes les équipes ont du quitter le Waag et se diriger vers le site de PICNIC pour participer à la cérémonie de présentation de prototypes, d’évaluation et de remise de prix. Prévue à 16h, elle s’est déroulée devant un jury composé de spécialistes issus des pouvoirs public municipaux ainsi que des Industries de la création et du design.

L’Ecole des Arts d’Utrecht a entamé les présentations avec « LED it Float », une idée originale pour refaire une beauté aux magnifiques façades du 16ème siècle ornant les bâtiments du quartier. L’équipe a proposé de débarrasser ceux-ci de leurs panneaux publicitaires et des enseignes de magasins pour les transférer sur un affichage LED en bandeau placé en haut des murs des canaux.

Led it Float


ENSCI, Les Ateliers a suivi en présentant « iLight », une interface numérique représentant quatre différentes couches d’activités identifiées par un système d’icônes affichées sur les façades des bâtiments hébergeant ces activités. Basée sur l’idée que les gens du coin peuvent faire des choses ensemble pour leur quartier, « iLight » se veut le tremplin d’un réseau local et collaboratif.

iLight


TuDelft, TuEindhoven and HKU, représentant la troisième équipe à prendre la parole, ont dévoilé « We for Wallen », un business model collectif, innovant et extrêmement viable pour le quartier. Puisque celui-ci est fréquenté par ses habitants, des entreprises et des touristes, l’idée consiste à faire le lien entre ces trois groupes en transmettant des témoignages captivants des premiers aux troisièmes par le biais des ressources offertes par les seconds, sous forme de cartes postales.

We for Wallen


« Behind the Window », le quatrième projet, est venu du Strate Collège. Cette équipe a senti qu’il manquait au Red Light District quelque chose de… parisien ! Du concept de park urbain comme lieu pour flâner est venue l’idée de créer un espace surplombant le canal, tel un mini park, afin de permettre aux citadins de ne faire rien d’autre qu’admirer leur ville -cerise sur le gâteau- avec un dispositif de réalité augmentée !

Behind the Window, maquette et proposition finale


Liz Turner, de l’équipe Iconomical, a ensuite surpris avec « SimAmsterdam », un Red Light District sous forme de jeu de rôle en ligne massivement multijoueur, basé sur des modèles de données en temps réel, des informations officielles, du crowd sourcing ainsi que l’analyse de l’activité sociale en ligne. Les joueurs sont pyschologues, économistes, prostitué(e)s, proxénètes, dealers, tenanciers, trafiquants. La règle d’or : keep it real !

SimAmsterdam


Enfin, les Gobelins ont fermé la marche avec « eMotion », un système complexe et extrêmement intelligent qui utilise des ensembles de données (collectées via des capteurs de sons, de mouvements et des téléphones portables) pour déclencher des chemins de lumière sur les trottoirs, afin de guider les gens hors des sentiers battus et surpeuplés, vers des ruelles plus improbables et intéressantes.

eMotion


David van Traa, représentant de la ville d’Amsterdam et président du jury, a prononcé un verdict basé sur quatre critères : le passage à l’échelle de la rue, l’authenticité, la cohésion sociale et la faisabilité.

Et l’équipe gagnante est le Strate College, qui remporte le European Street Design Award grace à leur projet osé, innovant et bien pensé « Behind the Window »!





L’équipe du Strate Collège primée par David van Traa



En ce qui concerne les différentes approches du design en Europe, ce premier challenge a révélé un clash intéressant. D’un côté, les équipes hollandaises se sont montrées pragmatiques, appliquées et à l’aise avec le terrain. Elles ont très vite commencé à élaborer des prototypes et on passé beaucoup de temps à les peaufiner. D’un autre côté, les équipes françaises ont eu une approche plus novice du quartier, et ont passé beaucoup de temps à produire des idées pour trouver la bonne, avant de développer leurs prototypes.

En tout et pour tout, les six solutions ont fait preuve d’une qualité et d’un génie tout à fait remarquables, surtout quand on prend en compte le peu de temps dont les équipes ont disposé, le fait que certains de leurs membres ne se connaissaient pas avant, sans même parler de connaitre le quartier.


Rdv en Ile-de-France! Le European Street Design Challenge, du 22 au 24 juin, au festival Futur en Seine 2011.

Nous allons capitaliser sur le formidable succès de ce premier European Street Design Challenge pour le reconduire en Ile-de-France lors de Futur en Seine 2011, du 17 au 26 juin. Une rue de la région sera la cible des projets de rénovation proposés par des jeunes créatifs européens pleins de talent et d’audace.

Plusieurs équipes de designers internationaux on déjà exprimé leur souhait de participer au European Street Design Challenge à Futur en Seine 2011.

Les perspectives sont réjouissantes. Nous avons hâte de découvrir davantage de designs urbains innovants et stimulants qui portent des approches européennes et internationales variés mais souvent complémentaires.