Educatec-Educatice : compte-rendu de la table ronde Cap Digital










Comment certains freins à la généralisation des TICE ont-ils été levés dans le monde éducatif ?

C’est à cette question que des représentants de la communauté « Education et Formation Numériques » de Cap Digital ont tenté d’apporter des réponses, le 25 novembre dernier, lors d’une table-ronde spécialement organisée pour Educatec-Educatice.

Animatrice des débats, Marie Gaillard, consultante e-Education, a commencé par rappeler que la France constitue un très beau terrain d’expérimentation pour ce qui est des TICE, du fait notamment d’un corps enseignant qui aime à tester, et désireux de toujours aller plus loin dans le développement des pratiques éducatives. Depuis les années 2000, et ce même si elles se se sont parfois faites dans la douleur, il parait acquis que les choses ont avancé dans le bon sens.
Thierry de Vulpillières, Directeur des Partenariats Education chez Microsoft France, a ensuite pris la parole pour présenter « Microsoft Partners In Learning ». Cette initiative internationale, déployée dans pas moins de 110 pays, met à disposition de la communauté éducative un ensemble de ressources pédagogiques, dans trois domaines prioritaires, mais propose également des aides aux communautés d’enseignants et des dispositifs d’accompagnement pour les chefs d’établissements, non sans apporter son soutien à la recherche autour des TICE.
Sur la base de l’expérience tirée de cette initiative, Thierry de Vulpillières a pu partager avec la salle quelques recommandations fortes. En ce sens, il lui apparait tout d’abord comme fondamental de ne pas se tromper d’objectif. Ici, la technologie n’est de loin pas le principal: ce qui importe, c’est le fonctionnement du système éducatif, les usages et les besoins des enseignants français, dont le niveau d’excellence reste aujourd’hui inégalé. Si l’on veut tirer parti de cet avantage, et convaincre les enseignants d’utiliser les TICE, il faut d’une part qu’ils y voient un intérêt, que les ressources soient bien faites (et donc, auto-formantes comme le sont les manuels scolaires, devenant numériques), mais également que soit instauré un climat de confiance dans le système éducatif. Partout dans le monde, ce sont la mise en valeur des enseignants, de leur pratiques innovantes, et la mise en réseaux de ces enseignants (formation de pair à pair, sites d’enseignants, forum,…) qui permettent la diffusion des TICE entre enseignants. C’est de cette manière uniquement que l’on pourra créer une véritable dynamique d’innovation, et non pas en venir à imposer des pratiques.

Par ailleurs, Thierry de Vulpillières évoque comme importante la question des établissements scolaires. Pour lui, ces derniers constituent un échelon essentiel de la chaine éducative. Le programme « Ecoles Innovantes », largement soutenu par Microsoft, propose une méthode
d’accompagnement du changement sur 2 ans pour les Ecoles, Collèges ou Lycées, permettant de remettre dans l’ordre la question des TICE : dans un établissement, les TICE devraient être une réponse à un projet pédagogique, et non une donnée qui impose un bouleversement pédagogique. C’est également la dimension de coresponsabilité des enseignants et de l’encadrement qui est le gage d’un projet partagé. Pour l’ensemble des acteurs de l’éducation, il convient de soutenir en confiance les enseignants et les chefs d’établissements qui partagent la conviction que la réalité du monde technologique dans lequel baignent les élèves, ainsi que la plupart des métiers, bouleversent de fait les systèmes éducatifs.

De son côté, Philippe Portelli, Directeur de la DUN (Direction des Usages du Numérique) de l’Université de Strasbourg, s’est proposé de revenir sur la fusion des trois universités strasbourgeoises, opérée durant l’année 2009, pour mieux mettre en lumière l’impact de cette transformation sur le développement du numérique dans son établissement, tant d’un point de vue organisationnel que stratégique et politique. Ainsi, Philippe Portelli a commencé par présenter le schéma directeur du numérique (enveloppe totale allouée : 20 millions d’euros sur 5 ans) en vigueur à l’Université de Strasbourg, et qui consiste en un ensemble de 41 projets, à horizon 2013-2014, répartis au sein de 7 programmes distincts, parmi lesquels « Bibliothèque Numérique », « Usine Numériques des Savoirs », ou encore « Services de gestion et de valorisation de la recherche ».

Mais Philippe Portelli a surtout insisté sur la nécessité de mettre en place des mesures d’incitation, propres à démocratiser les usages du numérique dans l’enseignement, qu’il s’agisse de mesures nées au sein même d’un établissement, ou à un niveau plus macroscopique. En ce sens, il a notamment mentionné les dispositifs d’accès renforcés mis en place grâce au Plan de Relance 2009 (Wifi, podcast), ou la mise à disposition, à l’Université de Strasbourg, de compétences clés (médiatisation des contenus, audiovisuel, enseignement à distance, etc.) à-même de soutenir les enseignants-chercheurs dans la construction et la diffusion de leurs parcours et supports pédagogiques.
Bien sûr, ce n’est là que le début, et il convient de penser à la pérennisation de la démarche. Celle-ci, selon Philippe Portelli, passe à la fois par des investissements matériels, pour entretenir le patrimoine immobilier et les équipements, mais également par une meilleure cohérence territoriale et une formation plus solide des publics.

Troisième et dernier intervenant, Jean-Pierre Archambault, Chargé de Mission Veille Technologique au CNDP-CRDP de Paris, a terminé ce tour de table en insistant sur la différence qui existe entre les différents usages et statuts éducatifs de l’informatique et des TIC, selon qu’ils relèvent de l’obligation ou du volontariat.

Obligation, tout d’abord, que l’enseignement des disciplines évolue dans ses méthode et objets. Cela vaut particulièrement pour les filières techniques et professionnelles où l’ordinateur est banalisé depuis une vingtaine d’années mais, peu ou prou, pour toutes les disciplines (EXAO, simulation, SIG…). Obligation également, relativement aux besoins de la société au 21ème siècle, que l’informatique soit une discipline composante de la culture générale scolaire. De ce point de vue, la création à la rentrée 2012 d’un enseignement de spécialité optionnel « Informatique et Sciences du numérique » en Terminale S constitue un premier pas positif qui en appelle d’autres.
Ces obligations sont un point d’appui important pour le développement des TIC dans l’éducation. En revanche, l’utilisation pédagogique de l’outil informatique, si elle a prouvé toute sa pertinence, n’en relève pas moins du volontariat. En effet, en France, la règle est la liberté pédagogique, l’enseignant étant maître du choix de ses instruments et de ses méthodes. L’utilisation de l’outil informatique ne va pas de soi. Il faut de la formation, une facilité d’accès et une compétence humaine de proximité pour la maintenance et l’évolution des parcs informatiques des établissements et des écoles. Enfin, il faut souligner qu’objet d’enseignement et outil pédagogique sont complémentaires, et se renforcent mutuellement. Par ailleurs, les réalisations et les succès de l’association Sésamath3 montrent qu’il y a de nouveaux modèles économiques éditoriaux prometteurs, favorisant les usages des TIC, et de nature à intéresser les éditeurs.

Découvrez la présentation de Philippe Portelli – Développement du numérique à l’Université de Strasbourg