L’interview d’Henri Verdier sur l’Institut de la Vie Numérique



« Notre projet d’IRT Vie numérique est consubstantiel de la métropole parisienne, dont il tirera son énergie » (Henri Verdier, Cap Digital)

Henri Verdier interviewé par l’agence aef.info.






Henri Verdier, président de Cap Digital et président du directoire de la jeune entreprise innovante MFG-R&D. D.R.

« L’Institut de la vie numérique permettra de faire converger les efforts de recherche de tous les acteurs pour leur permettre d’aborder, au meilleur état de l’art, les grands sujets de la transformation numérique », déclare à AEF Henri Verdier, président du directoire de la jeune entreprise innovante MFG-R&D et président de Cap Digital, pôle de compétitivité labellisateur du projet d’IRT « Vie numérique ». La stratégie de ce projet d’IRT « se résume en trois mots : concentrer, accélérer et démultiplier », indique-t-il. Henri Verdier signale que « l’Institut de la vie numérique est consubstantiel de la métropole parisienne, dont il tirera son énergie », et précise que « sept défis stratégiques » ont été identifiés par les partenaires du projet. Il observe par ailleurs que « les premiers membres fondateurs connus sont de grands établissements publics (l’UPMC, l’université Paris-Nord, l’Institut Télécom, l’université Paris-VIII Vincennes Saint-Denis, le Cnam, l’Ensci, Universcience, etc.), une quinzaine de grandes entreprises (Orange, Thales, Casino, Seb, Editis, etc.) et une centaine de PME et ETI.

AEF : Cap Digital soutient un projet d’IRT intitulé l’Institut de la vie numérique. Qu’en attendez-vous ?

Henri Verdier : L’Institut de la vie numérique est le fruit d’une ambition collective et d’un travail ayant mobilisé plus de 100 partenaires. Déposé par l’UPMC, l’université Paris-Nord (Paris-XIII) et l’Institut Télécom, il incarne le projet stratégique de tout l’écosystème Cap Digital. Son objectif est clair : la métropole parisienne est l’un des écosystèmes d’innovation les plus créatifs au monde, bénéficiant d’infrastructures, d’une force de recherche, d’un tissu de PME de premier plan ainsi que des centres de décision de grands groupes du numérique et des services. L’Institut de la vie numérique permettra de faire converger les efforts de recherche de tous ces acteurs pour leur permettre d’aborder, au meilleur état de l’art, les grands sujets de la transformation numérique. Il colocalisera des équipes de recherche privées et publiques et des plates-formes d’innovation collaboratives, et rendra le paysage de la recherche lisible pour les entreprises du secteur. Surtout, il organisera la possibilité concrète, pour les grandes entreprises comme pour les PME, de puiser facilement dans cet incroyable potentiel.

AEF : Quelle forme juridique prendra-t-il ?

Henri Verdier : Nous avons finalement opté pour la création d’une FCS (fondation de coopération scientifique) destinée à porter les activités liées à la recherche, assortie de la création d’une filiale commerciale ayant pour objet de valoriser les travaux de recherches initiés et pilotés par la FCS. Nous demanderons simplement à l’administration fiscale de nous confirmer son accord pour traiter ces FCS comme celles qui gèrent aujourd’hui les RTRA (réseaux thématiques de recherche avancée).

AEF : Comment sera-t-il financé ?

Henri Verdier : Nous rassemblerons un million d’euros apportés par les partenaires et verrons si nous obtenons un abondement de l’État. Ensuite, nous attendons un abondement des apports privés des membres et partenaires de l’IRT dans les projets co-localisés, et du financement des collectivités locales. Cet abondement sera réparti sur trois activités : investissement dans des projets et/ou plates-formes, investissement sur des actions définies par la gouvernance et financement des dépenses de fonctionnement de l’IRT. Les autres sources de revenus sont liées aux prestations intellectuelles dans plates-formes, ou de conseil directement lié à l’activité de l’IRT et aux revenus liés à l’exploitation de la propriété industrielle.

AEF : Comment sera gouverné cet IRT ?

Henri Verdier : Nous avons retenu une gouvernance assez classique pour une FCS : un conseil d’administration, qui décide en particulier de la stratégie de l’institut, de son budget, des budgets alloués aux programmes et des actions de l’Institut et nomme, sur proposition de son président, les membres du comité international stratégique ; un comité international d’orientation stratégique qui nourrit la stratégie scientifique et les choix de programmes ; un comité des programmes, qui évalue et décide de l’orientation des programmes, du lancement des projets et de leurs évolutions, ainsi que des grandes décisions sur la valorisation ; un comité de formation, qui valide les choix de développement de contenus à générer à partir des programmes de l’institut et les besoins de formation constatés. Il élabore le programme formation de l’institut ; un comité de direction, qui coordonne le déroulement des programmes, valide les rapports d’activité et propose au comité de programme les options de développements futurs.

AEF : Quelle est la thématique de l’Institut de la vie numérique ?

Henri Verdier : Nous avons construit ce projet à partir d’une analyse. La transformation numérique n’est plus, depuis longtemps, la seule affaire du secteur industriel de l’informatique et des télécoms. C’est une transformation économique et sociale globale, qui s’appuie sur une couche industrielle, mais qui est tirée par des objets, des contenus, des services et des pratiques grand public. Concrètement, des représentants de sept secteurs d’activité se sont rassemblés et ont identifié des défis communs : e-commerce, communication, marketing, publicité et nouveaux services ; information et communication ; mobilité et ville durable ; art-patrimoine-tourisme ; media-loisirs ; autonomie ; éducation-formation. Ces activités, parfois qualifiées de services, sont de véritables activités industrielles. Elles exportent et peuvent être concurrencées ou décocalisées si elles ne sont pas offensives et représentent 75 % du PIB français. Elles en tirent la croissance et l’emploi et méritent le soutien de la politique industrielle française. Tous ces secteurs, orientés grand public, font face aujourd’hui à des défis similaires, à la concurrence des mêmes géants du web, aux mêmes ruptures technologiques. De ce point de vue, ils représentent un véritable secteur d’activité, que nous appelons « vie numérique ».

AEF : Comment comptez-vous soutenir toutes ces industries ?

Henri Verdier : Notre stratégie se résume en trois mots : concentrer, accélérer, démultiplier.Concentrer une capacité de recherche académique de premier plan international (les meilleurs laboratoires dans les domaines technologiques concernés) avec les forces de recherche et d’innovation des acteurs industriels engagés dans tous les aspects clés de la transformation numérique. Ensuite, accélérer le processus d’innovation, par la colocalisation des chercheurs, des ingénieurs et des designers ; par une dynamisation accrue des formations supérieures et professionnelles et par la mise en place de capacités d’innovation et d’expérimentation rapide, en prenant en compte le rôle croissant des utilisateurs dans la création de valeur ; en intégrant des stratégies d’innovation non planifiée dans les politiques d’innovation industrielle. Enfin, démultiplier les effets de cette stratégie d’innovation, en mettant en place les interfaces de transfert rapide vers les entreprises, et de façon privilégiée vers les start-up et PME en organisant, dans et autour de la recherche, tous les outils d’analyse de niveau international, de communication, d’animation, de dissémination, de valorisation des idées et des briques technologiques.

AEF : Avez-vous des défis scientifiques et techniques particuliers ?

Henri Verdier : Analysant collectivement nos métiers et leurs évolutions technologiques, nous avons identifié sept défis stratégiques :
– « big data » : donner aux entreprises souhaitant développer des projets intensifs en données l’accès aux ressources, aux méthodes, aux expertises et aux outils leur permettant de relever ces défis au niveau de complexité requis par ces nouvelles questions ;
– « immerge » : associer le meilleur des technologies et le génie du design au service des nouvelles interactions humaines avec les mondes réels, virtuels et humains ;
– « new media » : revisiter l’ensemble de la chaîne de création, capture, édition, diffusion et valorisation des médias pour répondre aux nouvelles chaînes de valeur ;
– « well being » : l’Île-de-France est la région européenne qui concentre le plus d’implantations liées au domaine de la santé. Ce domaine s’appuie de plus en plus sur une industrie de services grand public d’aide à l’autonomie, au maintien à domicile ou à la lutte contre le handicap. L’Institut de la vie numérique et ses partenaires de la santé pourront organiser de nouveaux partenariats sur ces enjeux majeurs ;
– « ambient » : le monde qui vient sera pétri de capteurs, senseurs et d’objets communicants. Les défis technologiques, sociaux, éthiques, environnementaux qui nous attendent appellent de nouvelles règles de design, de développement et probablement même d’innovations qui seront incubées au sein de ce programme ;
– « knowlink » : l’émergence d’un web social qui « réarchitecture » les savoirs, les systèmes d’informations, la connaissance et les pratiques sociales et appelle une réflexion à la hauteur de cette transformation ;
– « value » : prendre au sérieux les nouvelles formes de la création de valeur, avec un programme permettant de densifier la relation avec les publics, de les placer en amont dans les process de conception et de design des services, de partager des dispositifs d’étude d’usages, et de susciter de nouvelles synthèses créatives.

AEF : Où sera situé votre IRT ?

Henri Verdier : L’Institut de la vie numérique est consubstantiel de la métropole parisienne, dont il tirera son énergie et qu’il entend irriguer. Au coeur du projet, nous avons retenu trois CRI (centres de recherche et d’innovation), qui pourront accueillir chacun plusieurs centaines de chercheurs. Ils sont localisés à la Maison des sciences de l’homme à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), à l’UPMC et sur le campus de l’Institut Télécom. Notre IRT veut également construire des interfaces d’accueil des PME et des publics, des lieux de co-création et d’expérimentation rapide. Ce seront les LCE (lieux de création et d’expérimentation). Cinq premiers LCE sont déjà parties prenantes de la réponse : Universcience (salles immersives, outils et contenus pour soutenir l’innovation en formation, en médiation et éducation informelle), Publishing Lab-Silicon Sentier (dédié aux métiers de la presse et de l’édition numérique), Patrimoine Lab à Cergy dans le Val d’Oise (dédié à la valorisation du patrimoine numérique et au soutien à l’innovation des secteurs médias et éducation), LCE Santé (composé d’un ensemble de plates-formes d’expérimentation en milieu hospitalier), LCE Audiovisuel et Numérique, dispositif d’accompagnement multiforme (lieu de création, de formation, d’expérimentation) spécifiquement dédié aux acteurs de l’audiovisuel numérique, proche d’Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine).

AEF : Qui seront les partenaires du projet ?

Henri Verdier : Les premiers membres fondateurs connus sont de grands établissements publics (l’UMPC, l’université Paris-Nord, l’Institut Télécom, l’université Paris-VIII Vincennes-Saint Denis, le Cnam, l’Ensci, Universcience…), une quinzaine de grandes entreprises (Orange, Thales, Casino, Seb, Editis, etc.) et une centaine de PME et ETI, soit en direct comme Exalead ou Mediamétrie, soit représentées par leurs associations (Silicon Sentier par exemple). Nous continuons à recueillir les signatures et espérons pouvoir prochainement annoncer de très beaux partenariats.

AEF : Quels seront les bénéfices de l’IRT pour l’écosystème ?

Henri Verdier : L’IRT propose aux acteurs des secteurs touchés par la révolution numérique un outil leur permettant, quelle que soit leur culture numérique et leur pratique de R&D, d’avoir accès à l’état de l’art de la technologie et de l’innovation de service dans leur secteur, de pouvoir sous-traiter des projets de recherche à l’IRT en bénéficiant du doublement du CIR, de participer à des projets collectifs montés à l’initiative de l’IRT dans le cadre de ses programmes, d’utiliser les plates-formes portées par l’IRT, et enfin d’être hébergés à un coût marginal ou encore d’optimiser leurs dépenses de R&D par la mutualisation.